
Le procès de Baudelaire se tint le 20 aout 1857...
Voici ce que le poète aurait pu dire de ses juges!

J’ai écrit avec cœur, j’ai écrit avec l’âme
J’ai voulu tout donner au flambeau de ma flamme
Révélant ma souffrance autant que mes bonheurs
Ne cachant rien du vide et du doute intérieur !
J'ai donc fait ce voyage au plus profond de l’Etre
Comme une initiation que l’on prend à le lettre
Et qui me fit vertige au point de défaillir
Quand des esprits malins voulurent m’assaillir !...
En ai-je alors commis pêché d’apostasie
A vouloir tant servir la pure poésie
Et faire un rituel sacrifice d’espoir
Au bruissement vainqueur d’une aile d’ange noir ?
Mais quand son vol lugubre aux confins de l’espace
Se fut évanoui comme l’orage passe
En poète meurtri du monde rejeté
A mes juges je fus en pâture jeté…
Et parmi mes censeurs en grande confrérie
Intentant ce procès fait en sorcellerie
Je reconnus alors – et combien j’en ai ri !-
Ceux là même qu’hier mes vers avaient nourri !
Face à leurs injonctions, je plaidais qu’un poète
En son pays souvent n’est pas même prophète
Mais qu’il va son chemin et ne travestit rien
N’écrivant pas pour plaire à ceux qui font ses liens !
A l’heure du verdict, je ne puis que me taire
Jugez moi donc coupable alors d’être un faussaire
De travestir mon vice en de faux sentiments
Et faire de mes mots d’infâmes boniments !
Condamné au silence et privé de ma plume
Prisonnier, en viendrai-je à mourir d’amertume
Quand au grand désespoir dont mon cœur s’alourdit
S’ajoute les regrets d’un poète maudit !
© lailesurlaplume - 2008


LE PROCES DES FLEURS DU MAL
Arthur Rimbaud disait de lui «C'est un Dieu».
La justice de Napoléon III - qui voyait plutôt en lui un diable - le contraignit à retrancher plusieurs poèmes des « Fleurs du mal » pour outrage à la morale publique.
Dans les deux cas, le jugement est sans appel !
Baudelaire est condamné à la postérité.
Le procès de Baudelaire (il doit se présenter le 20 août 1857 à l'audience de la 6 ème Chambre Correctionnelle devant laquelle sont traduits escrocs, souteneurs et prostituées) ne dure que quelques heures: vite fait, mal fait. Le processus de Pinard (procureur général) est simple : dresser un catalogue de passages isolés les plus outrageants, afin de démontrer à la cour l'offense indéniable à la morale publique et religieuse. La défense de l'avocat de Baudelaire, Maître Chaix d'Est-Ange, n'est guère plus brillante. Gêné dans sa plaidoirie par un poète qui préférerait se défendre seul et sans que soient abordés certains points de sa vie privée et familiale, le défenseur se contente essentiellement de comparaisons avec d'autres ouvrages fort connus, pourtant équivoques, mais jamais poursuivis. Le verdict est à la hauteur des plaidoiries : le tribunal ne relève pas l'offense à la morale religieuse, mais considère qu'en se qui touche à la morale publique et aux bonnes moeurs, il y a bien lieu à condamnation, l'ouvrage contenant des passages ou expressions obscènes et immorales.
Il ordonne la suppression des poèmes suivants: «Les Bijoux», «Le Léthé», «A celle qui est trop gaie», l'une des «Femmes damnées». «Lesbos», les «Métamorphoses du Vampire» (pour leur lecture, prière de vous reporter à vos manuels scolaires). Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés à payer une amende (300 F pour l'écrivain), et sont privés de leurs droits civiques. L'auteur des «Fleurs du Mal», en sortant de l'audience, à qui un ami demande s'il s'attendait à être acquitté, répond : Acquitté!- J'attendais qu'on me ferait réparation d'honneur. Qu'importe, il est certains critiques littéraires et autres juristes bien pensants, qui, souhaitons-le, s'en retournent dans leur tombe. Celle de Baudelaire est toujours « fleurie ». Le scandale qui a accompagné la parution de son ouvrage le plus célèbre y est sans doute pour quelque chose.
Olivier Gardel-Dubois (In Vivre en Poésie 25).
L'Albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
![]()

Mais le poète peut-il être autre chose que cet albatros si
ridicule dans le monde effectif?
Et peut-il être vraiment compris?

ANNIVERSAIRE
14 mai 2006 <<<<< >>>>>> 14 mai 2008
Voici deux ans aujourd'hui que l'Aile a pris son vol pour faire voler la Plume !
Depuis deux ans 68 546 pages ont été vues et vous avez été 18.832 à venir ou
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Merci à votre fidélité! Merci sincèrement...
Mais L'aile peut-elle continuer son vol?
Epuisée, fatiguée, peut-elle survivre à son procès?
Au clair beau jour de tes vingt ans
Cueille l’amour dans l’air du temps
Dompte la nuit, saisis le vent
Pour vivre un rêve époustouflant
Avec tes mots pleins de talent !
Au clair beau jour de tes vingt ans
De ce bonheur que tu attends
Cueille la fleur au doux printemps
Du renouveau des sentiments
Et mets tes yeux au firmament !
Au clair beau jour de tes vingt ans
Tu as encore tant de temps
Mais ne crois pas qu’il soit autant
Il se défile lentement…
Ce temps à vivre intensément !
Au clair beau jour de tes vingt ans !...

Peintures William Adolphe BOUGUEREAU
né et mort à La Rochelle (30 novembre, 1825 - 19 août, 1905)
©lailesurlaplume 2008
Je partirai par un matin
Souillé de brumes hivernales…
J'aurai jeté tous mes refrains
Toutes mes illusions fatales !
J'aurais ôté de mon esprit
Ces rêves qui font des mirages...
Et, las, sans rêves ni dépit,
Sans amour, ni haine ni rage,
Je m'éloignerai lentement
De la ville encore endormie...
Et mon coeur plein d'enchantement
Ne regrettera plus sa vie…
Car je marcherai de longs jours
Dans les forêts et les campagnes,
Car, ainsi, j'irai pour toujours
Sans chien, sans ami, sans compagne.
Navire à la dérive aux marins sans boussole
Mon âme erre en la nuit en recherchant ton pôle
Et ce trésor d’amour que tu m’avais offert
Pour armer mon esquif partant en haute mer…
Mais il n’est plus de havre et de baie en ton
cœur
Pour me faire un abri aux vents dévastateurs
Les amarres larguées et déjà loin du port
J’ai vu briller l’azur
mais j’ai perdu le nord…
Ne voudras-tu jamais sous le mas de misaine
Du navire en partance être mon capitaine
Et d’un sextant expert fixant le firmament
Me sauver du naufrage et calmer mes tourments…
Mais tu m’as déserté partant vers d’autres rives
Laissant mon fol espoir aller à la dérive….
Sauras-tu donc jamais toi qui m’ouvris les yeux
Que pour toi je partis sur l’océan houleux...
©lailesurlaplume - 2008
Peintures : KTie
Toi mon autre moi-même à te porter en moi
J'épuise mon regard à ne pouvoir te voir
Au tréfond de mon âme où tu gis dans le froid
Quand saisir ton absence est comme un désespoir...
A ne plus rien comprendre autant que de souffrir
Et tant faire souffrir, j’ai perdu l’illusion
D’un jour être moi même autant que le désir
De me battre pour vaincre aussi grande affliction…
Je voudrais retrouver l’univers enfantin
Où je rêvais ma vie au rythme des jeudis
Quand le temps infini en mille serpentins
S’envolait au soleil de mes après midis…
Je voulais rire et vivre et le faisais pour deux
Et pour toi, aussi bien, je voulais posséder
L’univers tout entier pour que tu sois heureux,
Sentir ce frère en moi qui pourrait me guider…
Mais je n’ai jamais pu ou n’ai jamais voulu
Accepter cette tombe où gisait pour toujours
Les rires d’un enfant que je n’entendrais plus,
Le regard de cet Autre au confins de mes jours…
J’ai poussé sans grandir gardant aussi profond
Ce manque de quelqu’un qui a brisé le lien
Qui m’attachait au monde et fait mon abandon
Lorsque la nuit revient sans mon ange gardien !
Ces années ont passé et ne m’ont rien appris
Je t’ai cherché en vain, toi, mon alter ego
Autant je t’ai cru là mais toujours me mépris
De ce bonheur rêvé ne gardant que lambeaux!
J’ai tant écris pour toi, j’ai tant crié ton nom!
En poème ou en prose, que de mots il fallut
Pour épuiser ma foi, quitter mon ambition,
Accepter d’être seul et ne t’attendre plus…
Oui, si grande est ma peine à déserter ma foi
Que vanité me vient d’être encore ici bas,
De prétendre autrement, sinon par désarroi,
Quitter enfin ce monde où tu n’existes pas...
©lailesurlaplume-2008
Peintures : Salvador Dali
Un rayon de lumière est venu ce matin
Caresser les buissons et les fleurs du jardin
L’air était un peu froid, l’herbe toute mouillée
Sur la plaine j’ai vu quelque blanche nuée…
Un instant j’ai marché sans bruit sur le sentier
Sans m’en apercevoir doucement j’ai rêvé…
Alors j’ai retrouvé des choses oubliées
En voyant les cyprès et leurs branches pliées…
Je regardai le ciel qui était pur et bleu
Et la mer au lointain qui scintillait un peu
Sur sa ligne d’azur, à l’horizon qui flanche
Penchait une fugace et frêle voile blanche…
Mais un instant plus tard le soleil se leva
Dans le ciel triomphant, au loin, il s’éleva
Inondant le jardin de mille couleurs vives
Il éblouit mes yeux et mon âme rétive…
Et quand fondit le givre en mille gouttes d’eau
Et coula la rosée en un lent filet chaud,
J’aurais voulu pleurer en laissant une larme
Mourir sur l’herbe humide où s’estompait un charme !

Peintures : Claude Monet (Paris : 14 novembre 1840 – Giverny : 5 décembre 1926)

Voir avancer la vie et puis prendre de l’âge
Avec tant d’avenir par le temps enlevé
Dans l’écume des jours qui a froissé les pages
D’un livre qu’on voudrait ne pas voir s’achever…
Retourner sur mes pas pour refaire la route
Que j’avais jalonnée avec de beaux projets
Désertés un à un comme autant de déroutes
Qui ont rayé mon cœur tels des diamants brisés…
Ressentir à nouveau d’une femme croisée
L’ineffable parfum, émouvant et subtil
Que portait la première à qui j’avais osé
Avouer mon amour en un beau jour d’avril…
Voir les amis restés et ceux que j’ai perdus
Refaire encore le monde en écoutant Pink Floyd
Et retrouver le goût des rires éperdus
Quand nous moquions l’amour pour mieux en chanter l’ode…
A courir après tout je n’ai rien embrassé
Que de vagues sujets que je croyais sérieux
Et dont j’ai bien trop tard compris l’inanité
A suffire à ma vie et à me rendre heureux.
De tout ce temps passé que donc me reste-t-il
Cette vague amertume et quelque nostalgie
Que je voudrais rayer d’un trait définitif
Comme si je pouvais en dispenser ma vie
Car j’ai passé mon temps faisant semblant de vivre
Alors qu'une autre vie attendait quelque part
Dans le cœur d’un piano ou les pages d’un livre,
Entre les quais de Seine ou les allées d’un parc
Enfin de tout cela que faut il donc déduire
Que faut-il donc garder, que faut-il donc jeter?
Elaguer l’inutile afin de reconstruire?
De tout se séparer pour garder la beauté ?…
De tout ce qui fut moi je trouve encor le goût
D’une amie enfin là pour comprendre mon âme
D’une grande détresse au soir d’un amour fou
Ou peut-être encor bien du regard d’une femme
Je ne sais dire encore, autant qu’il le faudrait,
L’indicible douleur d’un espoir qui me quitte
De ces jours habités d’un infini regret,
A retenir en vain les désirs dans leur fuite...
Mais si tout paraît vain faut-il garder l’envie
D’un signe, d’un regard, afin de me sauver
De l’abîme insondable où se tient la non-vie
Me replonger serein dans le temps retrouvé...
Et donner sans compter, pour aimer sans retour,
N’attendre rien enfin de ceux à qui je porte
Pour eux même et rien d’autre, un aussi grand amour
Qu’un signe de la main à ma jeunesse morte…

Ils mettent leur espoir dans les mots des poèmes
Qui parlent de leur peine ou de celle qu’ils aiment
Et ils ouvrent leur cœur comme on donne un serment
Sans calcul ni méfiance ainsi qu’on fait enfant !
Ils n’aiment pas ce monde où le sort les fait naître
Ils en font donc un autre en inventant peut être
Des mots pour une vie au nouvel univers
Où l’on dirait l’amour en déclamant des vers !
Ils sont à fleur de peau et ne peuvent se taire
Et de la vérité ne veulent rien soustraire
Quand règne la censure et la langue de bois
Eux, ils ne cachent rien de leur âme aux abois…
Ce sont de doux rêveurs nuageux en leurs têtes
Mais ils ont la candeur de l’âme des poètes
De ceux qu’on a honnis, jadis, comme Villon
Beaudelaire ou Rimbaud, au spleen des déraisons !
Ils savent de la vie un douloureux mystère
Celui que d’exister n’est que souffrance amère
Et ne tenir enfin pour justification
Qu'une mélancolie au fond de l’émotion…
Ils sont de ces cœurs purs qui ont du mal à vivre
Et dans ce désespoir que souvent ils nous livrent
Ils nous donnent l’envers de l’insigne miroir
Ce reflet de leur âme où l’on ne veut se voir…

où l’on ne veut se voir…
Peintures :
Ignace Henri Jean Théodore
Fantin-Latour
(Grenoble le 14 janvier 1836 - Buré le 25 août 1904)


Dédié à
et son ode magnifique à la Poésie
Ecrire
Je te conterai cette histoire
D’une légende sans mémoire
Au fond des mille et une nuits
Lorsque la lune blanche luit…
Celle d’un pêcheur scandinave
Jeune et blond garçon au teint hâve
Qui rêvait seul sur les rochers
Pour voir le soleil se coucher…
Face à l’océan et sans peine
Il rêvait l’étrange sirène
Qu'évoquent souvent les anciens,
Les jours où le bateau revient...

Elle était grande douce et belle
Et sa chevelure autour d’elle
Irisait de sa lumière d’or
Les eaux et les voiles du Port…
Combien auraient voulu connaître
La magique beauté d’un être
Qui ensorcelait les guerriers
Afin de mieux les attirer…
Pourtant, le soir aux lueurs sombres,
Lorsque les flots dans la pénombre
Pleuraient leurs larmes aux parois
Des fjords, il demeurait sans voix…
Il aurait donné maintes pêches
Mis son navire en cale sèche
Pour l’entrevoir un seul instant
Et lui livrer son doux serment…
Une nuit d’hiver sans étoile
Sous le vent, il vit une voile
Prise dans les flots rugissants,
Par la force des éléments...
C’était un navire en naufrage
Qui tentait vainement l’amarrage
Mais ne pouvait, des tourbillons,
Eviter un sort de perdition…

Alors il l’aperçut, si frêle,
S’agrippant au mat: c’était elle !
Quand une lame l’emporta,
Sans réfléchir, il se jeta !
Dans l’eau, on les vit se rejoindre
Et leurs chevelures se joindre...
Puis la mer unit leurs deux corps
Pour les engloutir dans mort !

Le sais-tu, aujourd’hui encore,
Aux vents que les pêcheurs abhorrent
On prétend que se mêlent les cris
Des amants qui se sont épris…
Des amants qui se sont épris…

Peintures : Claude Joseph Vernet, (Avignon le 14 août 1714 - Paris le 3 décembre 1789)
Entourés par la Lande et par les marécages
Enveloppés de brume et de sombres présages
Naissant avec la nuit, se dressent dans le noir
Les incertains contours d’un sombre et vieux Manoir…

Ses tours tombent en ruine et des herbes sauvages
Recouvrent les grands murs de leurs obscurs feuillages
Sous un toit effondré, là haut dans un grenier,
Un hibou a pris gîte : il se met à huer…

Dans la cour désertée une mousse putride
A recouvert le sol d’un vert tapis humide,
Un vieux portail rouillé grince et crie en s’ouvrant,
Sur ses gonds fatigués il semble agonisant…

Parfois on peut entendre une cloche qui sonne
Mêlant aux bruissements sa note monotone
Elle est depuis longtemps l’unique objet vivant,
Se réveillant parfois aux bourrasques de vent…

Tout est désolation depuis bien des années
Il ne reste plus rien dans les pièces hantées
Par les esprits de ceux qui ont vécu ici
Dans ce triste Manoir qui tombe dans l’oubli…
© lailesurlaplume - 2008
dessins de Victor Hugo

