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Texte Libre

Mardi 23 janvier 2007

Un abbé est mort, doucement, dans son coin.
Il n'était pas bien grand et pas bien beau. Il était vieux.
Juste un petit homme en soutane sombre et avec une barbe.
Il ne revendiquait rien, il ne demandait rien...  Pour lui.
Mais il voulait seulement un peu de justice pour ceux qui en manquaient tant!
Que les riches soit moins cyniques et les puissants moins aveugles.
Que les petits, les laissés pour compte, ne soient pas que des ombres chinoises condamnées à chercher leur lumière pour vivre.
Il voulait que l'amour ait encore un sens, que l'argent ne soit pas une fin mais un moyen, que le lien qui relie des hommes entre eux soit vraiment celui de la fraternité et du don.
Il voulait enfin que la chaîne immense qui relie les humains ne se juge pas sur le maillon le plus fort mais soit calibrée à l'aune du plus faible, qui unit tous les autres.
"Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime" avait-il crié dans le froid de 54!
Depuis, il nous regarde, il nous fait face.
Il est notre conscience même, celle qui nous donne honte de nous repaître quand la souffrance sévit... Celle qui fait naître en nous cette petite lumière salutaire, parcelle d'humanité, qui rappelle que nous sommes tous des êtres d'une même espèce : des humains!
Allez vas, l'abbé, avec tes yeux pleins de révolte, et ta voix si douce, presqu'indécise,  mais si forte dans le silence assourdissant de ceux que tu dérangeais...
Vas, mon petit père, rejoindre St Pierre, dont tu avais pris le nom un jour sombre de la guerre, quand dans le maquis du Vercors tu résistais à l'oppression.
Vas Petit abbé, tu as fait bien plus pour l'humanité que tous ces grands hommes, ces puissants, qui viennent maintenant en rang serré, se recueillir devant ton cercueil encore tiède ... Parce qu'il faut y être, parce qu'il est de bon ton de reprendre tes idées pour soigner l'audimat. de faire comme si tout ça avait été évident! Quelle ironie!
Vas en paix, Petit Abbé, les faibles et les déhérités, eux,  garderont grâce à toi l'espoir d'une autre vie, d'une autre humanité et comme le disait Brassens, cet autre révolté de la vie, quand le croq'mort t'emportera, qu'il te conduise à travers ciel au Père éternel!...

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Samedi 13 janvier 2007



Tu as tant pris de tous mes maux
De leurs effets paroxysmaux
Comme autant de précieux émaux
Embués de brouillards hiémaux
De fleurs en bouquets aromaux
Unies rameaux après rameaux
Me susurrant à demi-mots
Les gestes des gens normaux
Les cris infinitésimaux
Qui exultent fortissimo
Des soulagements optimaux !
Tu as tant pris de tous mes maux
Que je te lègue ecce homo
Du fond de textes anomaux
La richesse de tous mes mots
 !

 (Noël 2006)

(Et c’est aux mots... souvenir d'un après midi de janvier, près du lycée Masséna)

 

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Vendredi 5 janvier 2007

Le problème même de l’existence se pose à certains moments cruciaux et pourtant parfaitement inattendus. La sensation même de sa propre vie fait alors soudain défaut et l’on en vient à s’interroger sur le sens même à accorder à ses actions les plus banales ou à celles qui jusqu’à présent, représentaient le sel même de l’existence… Pourquoi ce plaisir qui se dérobe alors que le soleil fuse de la fenêtre ouverte alors que l’odeur du café se répand sur ce lever paisible ; comment se fait-il que l’émotion attendue avorte soudain au moment même où elle éclôt dans notre être profond ?

Mais la fainéantise naturelle de l’esprit, durant ces moments de vacuité qui brisent l’élan vital, s’oppose le plus souvent au développement total, prioritaire et nécessaire de la signification de ce sentiment abstrus, simple pourtant en sa manifestation. Et ses raisons pourtant le plus souvent d’une nature si matérielle, voire physiologique, sont si simples qu’elles échappent totalement à la conscience immédiate et que l’on y cherche en vain des fondements affectifs, moraux ou physiologiques plus dignes de l’opinion que l’on a de soi-même…

Ainsi cette impression désagréable gênante, telle une mauvaise digestion au cours d’un sommeil profond, s’efface-t-elle comme elle était venue, escamotée par quelques actes aussi banals que ceux qui en avaient été initialement le support accidentel,  mais situés dans une période subséquente, caractérisée par un mieux-être physique ou par l’effet d’un repos réparateur, ou bien encore par certaines modifications extérieures qui sont en définitive et sans qu’on le sût, les négations même des catalyseurs de la réaction initiale de malaise.

Cependant tout comme la digestion scabreuse n’a rien a voir avec la symbolique des cauchemars qu’elle déclanche et qu’un psychanalyste pourra retracer de diverses façon afin de parler de l’inconscient, les motifs de la cassure provoquée dans l’activité diffuse et diversifiée de l’esprit, dans sa conscience même qu’il a des objets de son attention, n’ont rien à voir avec l’essence même du vide qui la constitue soudain et dont seule une voie d’accès vers elle vient d’être ouverte à la conscience.

Et de fait, le vide jusqu’ici latent dans toute perception et toute action, aussitôt occultée par la rétroaction hédoniste qu'elle génère, apparaît-il dès lors comme constitutif même du rapport qu’on établit avec le monde. Et seul ce moment accidentel unique peut-il provoquer  une claire conscience de la conscience vulgaire, la privant soudain de tout principe de plaisir trivial, pour lui indiquer radicalement l’inanité et la vanité du tout projet humain.


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