
Me voici sur la scène où se lève un rideau
Et pour me découvrir je lève mon chapeau…
Car je suis là pour vous, caché derrière un masque,
À tant vous amuser de mes mots en bourrasque !
Dans l'infâme misère et la triste oppression
De ce que l'on voudrait la "Civilisation"
J’ai préféré tremper ma plume afin d'en rire
Fustigeant les puissants d'aussi grandes satires…

Pourtant les quiproquos dont je nourris mes vers
Ne sont aux bien-pensants qu’une mise à l’envers
Du précieux, ridicule, avare ou misanthrope
Donnant par là du fat un sens à toute époque !
Quels sont donc ces travers de triste humanité
Ces piètres fourberies dont vous vous agitez
Ne voyez vous donc pas qu'un Scapin s'en amuse
Et qu'à vos faux savants il oppose ses ruses?

Si j'apporte la joie à des princes si grands
Que je sais ignorer combien souffrent leurs gens
D’un mariage forcé je prendrai donc prétexte
Pour faire un Roy danser en risible contexte !...
Ma douce Madeleine avec toi j'étais fort
Inventant le théâtre avec tant d'inconfort
Sur les routes de France et celles de Navarre
Où de peine jamais nous ne fûmes avares!…

Mais jouer pour la Cour n’est point se renier
Du spectacle malin de ses travers niais
Car c’est ici je crois dans la beauté qui tranche
Du château fabuleux qu’il faut dresser nos planches !
De mon Temps je ferai, autant que je pourrai
Si grande mise en scène et ce soir je jouerai
Ce valet qui du maître a fait un faux malade,
Dussé-je trépasser aux rires en aubade !...


Ecrit en Hommage à
Jean-Baptiste Poquelin, dit MOLIERE (15 janvier 1622 - 17 février 1673).












