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Texte Libre

Lundi 30 avril 2007


J'ai marché longtemps le long de cette route.
Les gens que je croisais me tournaient la tête.
Etais-je pourtant si différents d'eux?
J'ai marché longtemps comme en une déroute
qui jette les armées si loin de leurs défaites
rejoinde leur destin calamiteux...

J'ai marché tout ce temps pour te trouver
Mais combien auraient voulu m'en empêcher?
J'ai surmonté la bêtise et la cupidité
J'ai renversé les dogmes et les préjugés
Et d'un trait de sang dessus mon front
J'ai dessiné les mots apocryphes de ton nom !

30 avril 2007


Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s'il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

Guillaume Appolinaire - La Chanson du Mal-aimé

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Lundi 30 avril 2007

Cette nuit, tu vois, je ne dors pas.

Je pense à toi.
Ton tourment.
Ta culpabilité.
Je voulais t’écrire sur l’amour que je te porte.
Mais tu avais besoin que je te soutienne et te console. Et je n’avais pas compris perdu que j’étais dans mon propre égoïsme…
Dans cette nuit où tu te morfonds, dans l’inéluctable déception du don de soi, quand ce qu’on partage sans compter n’est plus accepté, quand on ne peut faire face à la défiance qui naît… moi je reste là éveillé, impuissant à te protéger…
C’est vrai : j’aurais voulu te dire que j’ai découvert, grâce à toi, une seconde fois la vie.
Que j’ai retrouvé tout ce que l’immensité d’un amour fou et pur pouvait recouvrir.
Je voulais te dire que cet amour que je te donne, tu le porteras, par delà les années et la séparation, comme le signe de ce que tu mérites vraiment, pas dans l’à peu près, pas dans le superficiel ; mais dans la totalité, et l’absolu.
J’aurais aimé te faire sentir qu’il ne s’éteindra jamais malgré le temps et qu’un jour, alors que tu marcheras seule dans une allée ombragée de feuillages verdoyants, alors même que je ne serai plus qu’un souvenir pour toi et pour le monde, et que, dans le silence inondant le soir tombant, dans le souffle de la brise naissante et le bruissement des feuilles, tu sentiras encore sa présence, infinie, immortelle, pour te protéger et te faire avancer…
Je voulais te faire comprendre qu’il n’est de plus sublime sentiment que de souffrir parce que l’on aime, et non parce ce que l’on reçoit...
Que cet amour te portera bien plus loin que ma main te le montre aujourd’hui, tout là-bas à l’horizon de notre fragile vie…
Mais tous mes mots se brisent sur ta peine.
Toutes mes grandes phrases ne valent rien face à ta douleur.
Et je ne sais comment arrêter ce sang que tu perds de ton âme, cette âme si bonne et si droite.
Pourquoi mériterais-tu une telle punition ?
Pourquoi serais-tu si coupable ?
Je ne peux accepter l’inacceptable, et ta peine qui t’emmure dans le silence, je ne sais comment faire pour la briser….
Oui l’amour est une potion, mais jamais, non, jamais, il ne peut être poison!
Sinon serait-ce de l’amour ?
Rien n’est inéluctable, et surtout pas de perdre ce qu’il y a de plus précieux.
Je sais moi aussi ta douleur.
Et je ne veux pas te perdre.
Je ne veux pas


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Samedi 28 avril 2007


Je suis allé au bout du corps et de l’esprit
Et j’ai voulu voir les confins d’un horizon tout autre
Ne souffrir que pour toi, ne plus rien désirer d’autre…
Pour expier enfin ce cœur que tu m’as pris.

Aurais-tu donc fait naître  une lumière en moi
que je n’ose  affronter et qui  brûle ma vue 
Tandis que je dois encore au soir de mon effroi
Attendre avec angoisse enfin une entrevue…

Et me dire qu’il faut accepter cette vie
Ou rien d’autre ne vaut que cette sensation
De blessure du temps au fil de l’ironie
Ou rien ne survit d’autre enfin que la passion…
 
N’y aurait-il en fait au bout de la souffrance
Qu’une lucidité extrême de n’avoir
D’autre que ce besoin de toi dans l’existence
Le sentiment final de n’y plus rien pouvoir…

Oui tant souffrir pour toi, et jusqu’à la folie
Aller jusqu’à tomber et jusqu’à défaillir
Jusqu’à ne rien trouver d’autre qu’une agonie
Si lente de moi-même et la force d’en mourir…



 28 avril 2007

Et j'ai voulu aller au bout de mon corps, au bout de mes possibilités. M’enfoncer, m’isoler dans l’épreuve…
Et je l’ai fait jusqu’à défaillir, jusqu’à tomber sans me relever, je l’ai fait mais au final, que n’ai-je trouvé d’autre que cette lente agonie de moi-même ?


 

 

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Vendredi 27 avril 2007


Oublier le deuil. Regarder la vie.
Ces yeux qui se posent sur moi
sont des yeux purs.
Qu'est-ce que la pureté?
C'est donner ce que l'on voudrait posséder, sans jamais le regretter.
C'est attendre dans un coin, sans jamais se mettre en avant, et lorsque la lumière vient dire simplement : "oui, je suis là, pour vous".
C'est accéder à ce chateau où Meaulnes arrive un jour, et y trouver une fête étrange, où l'on vous accepte comme si vous étiez un familer. Et partir dans la nuit, chercher l'être aimé sans se retourner.
Oui... Regarder la vie... Ne rien oublier de la vie.
J'ai pourtant peur, peur vraiment...
De ce gouffre qui git au delà de mes mots, au delà mes cris.
Je veux jeter un pont de ma main par dessus le vide.
Je voudrais que ta main prenne la mienne pour pouvoir traverser.
Mon coeur ne vit que de ton sang qui s'écoule pourtant hors de moi
sans que je puisse le retenir.
Colmater une plaie, est-ce donc la cicatriser?
Oublier ce deuil...
Accepter l'absence, supporter le silence qui est "aussi"
TA façon d'Etre...
Regarder la vie...
Laisser ces yeux purs
se poser sur moi désormais comme des caresses...
Leur ouvrir ce qu'il me reste de jeunesse pour les aimer vraiment.
Aimer vraiment...

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Jeudi 26 avril 2007


Tu es venu mon ange et m’as ouvert tes bras
Tu ne voulais pour moi simplement qu’être là
Tandis que j’agonise aux confins de l’errance
Et forcer ce destin assailli de souffrance! 
 

Mon ange protecteur, tu m’as dit tout de toi
Des matins incertains où tu trembles de froid
Lorsque ton cœur défaille aux tourments qu’il endure 
Dans l’automne qui jette un amour en pâture!

 

Cette bonté qui jaillit des flots de ta lumière
Et tout ce que tu veux de contes et chimères
Pour éloigner mon mal, je t’assure mon ange
Je t’assure ! en chanter mille fois la louange !

Oh, mon ange tu es ma seule providence
Et tu m’ouvres tes bras pour m’offrir cette chance
D’approcher ton amour dans l’infini des cieux
Où tu caches pour moi tes trésors merveilleux


25 avril 2007

meeting an angel!

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Samedi 7 avril 2007

Il y a l’épreuve..
Elle est là, devant moi,
qui barre ma route..

J’avance vers ce mur lisse que je dois escalader,
Je me sens petit, et je suis seul.
Je n’ai que ma force et ma volonté pour me battre…
Personne ne peut rien pour moi.
Personne ne peut plus rien.
Je dois réprimer cette angoisse du saut dans l’inconnu.
Et je dois contenir ma peur,  parce que j’ai vraiment peur !

Mais savoir que tu seras là quelque part…
Imaginer ton regard qui ne me quitte pas.
Savoir que tu ne m’abandonnes pas
Quand je t’avoue que je crains
De ne pas surmonter la difficulté...

Alors, trouver cette force de le faire pour toi
Et de n'abdiquer rien,
Avancer vers ce qui m’attend !...

Et au moment où je serai au contact
S’il te plait !
Arrête une minute le cours de ta vie
Et songe que je me bats
Pour toi plus que pour moi...

Car rien de ce que je fais n’a de sens 
Sinon celui de te léguer si je le peux
Dans l’absurdité de mes combats
L’amour pur qui seul embellit les cœurs !



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Dimanche 1 avril 2007










Tant de temps sans pouvoir dire ou écrire !
Me révéler. Me confier.
J’étais entré en hibernation. Je grelottais.
Des  mots alignés dont aucun ne tient debout.
Des discours creux s’écroulant sur eux-mêmes.
Et pendant ce temps, devoir  me battre, bouger, survivre. Et le faire par habitude, comme ces commandos, entre les lignes chargés de saboter les barbelés…
En silence.
Mon efficacité au combat n’a d’égal que le désespoir dans lequel je tiens le combat lui-même…
D’ailleurs, pourrais-je survivre une seule seconde si je croyais en quoi que ce soit à ce que je fais.  C’est le scandale même de l’héroïsme qui pue au nez de celui qui le pratique car il sait lui, et lui seul, à quel point l’acte de bravoure n’est en fait qu’un instinct de survie duquel toute considération générale est exclue,  PAR DEFINITION !...
L’absurdité de la vie, l’inanité de tout projet humain, sont si prégnants, si évidents qu’ils s’opposent à tout principe de plaisir, et d’autosatisfaction collective.
Peut-on se glorifier de l’absurdité ?
Le vide est partout, constitutif (je l’ai déjà dit), il envahit tout propos au point de le rendre inutile, indécent !
Il y a du désert des Tartares dans ce constat : une leçon de dérision. C'est Bardamu qui découvre la guerre, la sale guerre, celle qu’on avait glorifiée, sanctifiée, pour la Patrie retrouvée, et qui se résout dans le bain du sang de toute une jeunesse. L’escroquerie même, l’imposture, de l’humanisme !
Peut-on être humaniste quand on voit ce qu’on voit, se demande Bardamu, pâle héros malgré lui d’une guerre faite par des malgré nous…
Comme Céline, je vomis cette humanité dérisoire et les puissants qui s’auto justifient avec une insoutenable légèreté et une morgue cynique, en envoyant sans sourciller des millions de pauvres gosses au casse pipe, ou dans les poubelles de l’histoire…

Mais au fond, les choses ont-elles changé depuis que le médecin écrivain nous a quittés ?
Rien ! Non rien  n’a vraiment évolué sur le fond, malgré les progrès d’une humanité qui détruit sans vergogne la substantifique moelle de laquelle elle se nourrit.
Nous ne sommes que des rats, occupés à liquider le magasin des nourritures terrestres.
Des rats assoiffés et avides, ivres de nos plaisirs et de nos sens !

Mais je suis injuste avec ma vie.
Dois-je me préoccuper de l’avenir de cette Terre ?
Si j’en juge à l’irresponsabilité de la confrérie humaine (Frères humains qui après nous vivez…) mieux vaut regarder son nombril.
Donc ne se préoccuper que de son propre jardin ; Voltaire nous y encourageait, non ?

Si je dois donc revenir en arrière (Cf. mes précédentes pages sur « le journal d’un Humain ») je devrais reconnaître que ’ai vécu des moments forts. Des moments uniques. Dans le brouillard et dans la nuit, de ce monde sans espoir, j’ai vu poindre la lumière : le passage vers l’autre côté.
Je dois y revenir quand même…

Oui des moments forts. Des points lumineux dans le décor mouvant et délétère du gâchis ambiant… Je lâche les mots comme ils viennent…

Des sensations tout d’abord, celles de courses sous le soleil infini où l’épuisement du corps m’a fait toucher l’illumination, lorsque la douleur transperce les cloisons qui se dressent en nous et permet d’aller derrière ce que l’on croit être et que l’on n’est pas !
J’ai couru entre des vignes provençales et tout près de renoncer dans une montée assassine au sortir d’un village médiéval du Luberon, près de tout perdre, après des efforts démesurés, alors que les jambes renoncent et que flanche la volonté… Et voir venir à mon côté une femme sortie de l’ombre, sorte de déesse antique, pour me soutenir, me redonner ce courage qui s’enfuyait,  me sortir de moi-même et me porter dans son sillage, comme une vague puissante et irrépressible, jusqu’au bout de l’effort. Et entrer  avec elle dans le château d’un Pertuis où le peuple, comme dans une fête d’antan, applaudit au retour des combattants…
J’ai vu la mer éclatante, resplendissant sous le soleil, et entendu l’Italie chanter notre louange, au passage de la cohorte s’étirant depuis la France sous les tunnels et jusqu’aux  palmiers de Vintimille! 
J’ai senti dans mes muscles couler la vie, et dans mon cœur vibrer l’envie d’aller encore plus vite encore, plus loin, et cette ineffable ivresse des hauts fonds, ce sentiment de pouvoir tout demander à mon corps et de l’unir à mon besoin d’absolu. Et la foule immense, comme une bête monstrueuse, se mettre à gronder et à s’ébranler, sur des champs Elysées où j’étais parmi les  héros vertueux et courageux d’un antique Enfer… Et la Seine s’offrir à nos foulées infinies pour  couler, de pont en pont, dans le souvenir d’Appolinaire et trouver de Rimbaud l’ivresse d’un bateau…
Oui, tentative sans fin d’aller plus haut : oasis verdoyant dans le désert de la stupidité ambiante… Se trouver soi-même. Ne rien devoir à personne, quand le corps se meut et que l’esprit soudain s’apaise : quel privilège!
Pouvoir surtout sentir la communauté de souffrance, cette souffrance qui remet toute vanité à sa place, restaure la vérité de l’être dans sa seule perspective acceptable, celle de l’humilité restituée -enfin!- dans la proximité fulgurante de Humanité (avec un H svp!), dans  l’épreuve et le danger.
Oui, comme ces jeunes hommes, ce 16 avril 1916 à 5 H d’un matin brumeux et pluvieux,  blottis contre les parois gluantes de tranchées défoncées, le nez collé à leurs baïonnettes armées, et les mains crispés sur les crosses de leur Lebel,  attendant le sifflet strident du capitaine sonnant la charge qui les jetterait dans la  boucherie, la haut, sur le Chemin des Dames…
Oui, comme eux dans la perspective d'une vérité soudaine et d’une extrême lucidité, à cet instant de mourir, quand la sœur, la fiancée, la maman, ne sont que des ombres qui ne peuvent plus protéger, ni rien retenir du souffle de la vie qui va partir, sous les sifflements secs et mortels des balles prêtes à fuser et des obus qui jetteront tant de corps déchiquetés sur  les barbelés du no-man’s land, comme autant de vulgaires charpies…
Oui comme eux, retrouver la pure Humanité, sans parement ni artifice, dans cette main du camarade que l’on serre tandis qu’il tremble et vomit dans l’attente insoutenable, et ce regard que l’on croise, comme une bouée d’amitié sincère, dans une mer démontée de barbarie…
Oui, un regard, une attention, une main qui se tend…C’est ce que j’ai pu avoir de mieux, au moment de tomber, quand je plongeais et que rien ne semblait devoir me retenir. Comment le dire, comment le décrire, le ressentir même ?... Ce souffle d’oxygène, ce flot de sang dans les veines : être compris. Enfin!
Tant de profondeur soudain, que je n’avais même plus envisagée, pour ma vie... A laquelle j’avais renoncé, depuis tant d’années!
Et ne plus avoir envie de tout laisser, de ne plus exister dans cet épuisement du désir où je gisais depuis une éternité. Quand du chœur de la nef s’élève un chant d’amour retrouvé comme un gloria de vie, un recommencement…
Cette lumière, éblouissante, éclairant tout. Apaisant la blessure, cette blessure profonde de l’être qui ne cicatrise jamais et rend toute action relative, toute prétention inutile, dans l’inanité et la futilité d’un monde qui ne perçoit même pas la vanité de sa prétention à tout dicter, à tout dominer…
Rien n’est jamais écrit et rien n’est jamais guéri de cette plaie si intense au tréfond de l'âme quoiqu'on puisse en dire, quoiqu'on puisse faire, sinon cette soudaine vérité qui ne peut jaillir sans la douloureuse expérience de l’existence et sa souffrance dans l’extrême lucidité...
Ne m’abandonne jamais !
Puisque ta main jamais je ne lâcherai !
Ne m’abandonne jamais dans ma tranchée...

 

 

 

 



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