Si comme hier, le cerveau vide, le teint hâve,
Harassé d'avoir trop marché, d'avoir trop cherché,
Perdu dans la ville immense que le brouillard délave
Et marchant du même pas distrait, je te retrouvais...
Me tendrais-tu la main une fois encore?...
Si dans les néons des grandes avenues
Et les reflets évanescents de publicités trop connues,
Alors que la nuit, triste, froide, revcouvrirait la ville
Tu m'apercevais, les bras en croix, titubant comme un débile...
Dis, me tendrais-tu la main une fois encore?...
Si dans ces ports aux entrepôts fétides
Où croupissent les hordes d'esclaves livides,
sur des caisses blanches en partance pour autrepart
Tu me découvrais souffrant des mêmes cauchemars...
Oh! me tendrais-tu la main une fois encore?...
Et si, dans l'incoersible tumulte de la foule
Qui se répand dans les cavernes souterraines
Lorsque le soir revient, régulier, ce flot, comme une houle,
Tu me voyais m'écrouler en criant ma peine et ma haine...
Oh! me tendrais-tu la main une fois encore?
Et contre la peur insoutenable qui m'emplirait tout à coup
Dresserais-tu de nouveau, tes deux bras autour de mon cou,
le rempart infranchissable de ton corps?
