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Texte Libre

Mercredi 28 juin 2006

Si je devais décrire mon état d'âme du moment, je me dis que j'aurais bien du mal.
Tout en effet semble basculer depuis quelques semaines.
De mauvaises expériences, traumatisantes... Et l'envie de tout envoyer en l'air. La révolte contre le temps qui passe et qui me vole mes images, mes rèves. Au final, cette terribe absence de désir qui, bien plus que d'objet même du désir (suivant cette fameuse citation d'Aron) me plombe comme un corps mort au fond de l'eau...
Et ce sentiment d'une blessure qui ne cicatrise pas au fond de moi et par laquelle s'épanche tout mon sang et toute mon énergie vitale, me condamnant à subir le quotidien sans plus pouvoir interférer sur lui... Cette idée même de la vie enfin qui, pour la première fois pour moi, était à l'ordre du jour de mes interrogations.
Vraiment les paroles de Charles Trenet sonnaient comme un glas irrémédiable ...
Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s'en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la passerelle
Devant tel ou tel monde qui disparaît
Quand on regarde tous les bateaux qui sombrent
Emportant les choses qu'on espérait
Quand on sait bien que l'on n'est plus qu'une ombre
Fidèle à d'autres ombres à jamais
.
Et je ne sais comment j'aurais réagi, si même j'aurais tenu le coup sans cette rencontre... Car il faut reconnaître que le DESTIN s'il existe se charge de nous envoyer des messages forts à certains moments et il s'est trouvé qu'à ce moment précis où tout s'écroulait, apparaissait dans le ciel tourmenté de ma vie, un espace de lumière, une trouée de soleil inespérée...
Rencontre fulgurante, presque violente. Une voix dans le silence avec une attention, une compréhension totales...  Sans qu'il y eût le moindre effort de ma part  - moi qui suis tellement jaloux de mon pré carré, de ce premier cercle qui ceint ma vie intime et qui divise l'humanité entière en deux catégories hermétiques: les extérieurs (au nombre infiniment grand) et ceux de l'intérieur (au si petit effectif qui soit...) -  je me trouvais soudain face à une  nouvelle PRESENCE, immédiatement localisée dans mon intimité, sans aucune autre forme de préliminaire... Elle était là pour moi, attentive, réactive.
Je vivais donc soudain une dualité totale : l'enfer de mon angoisse et de ma vie tout au long du jour et, le soir, la découverte d'une âme soeur faite comme moi, souffrant des mêmes angoisses et des mêmes tourments. Dualité et besoin aussi. Besoin de cette âme double, besoin d'elle et de sa vie, besoin de son regard sur moi, sur ce que je peux produire...
J'ai beaucoup de mal encore à formaliser mon sentiment. Mais je veux l'écrire ici pour témoigner aussi : peut-être que cette rencontre m'a purement et simplement sauvé la vie, au moins pour l'instant...
Sauver ma vie au sens où je n'avais plus de vie à défendre ; au sens où plus rien ne paraissait devoir me retenir parce que Moi (le concept même du Je=sujet), n'avait désormais plus de siginification... Que tout ça avait disparu dans la désagrégation de ma matrice originelle qui, par là même, infirmait toute la suite, donc toute ma vie.
Oui et je l'ai écrit (car celà aussi je lui dois = pouvoir écire l'inconcevable au moment le pire)
Je ne sais encor dire autant qu’il le faudrait
L’indicible douleur d’un espoir qui me quitte
De ces jours habités d’un infini regret
A retenir en vain les désirs dans leur fuite

mais aussi il faut que je l'avoue une joie lénifiante d'être enfin compris ou au moins entendu...
Je ne suis pas capable d'analyser, mais de restituer seulement ce ressenti soudain et mon coeur qui bat plus fort à chaque instant où je pense à cette âme soeur que j'aime d'un amour pur, complètement pur et défait de toute considération charnelle ou matérielle, expérience complètement nouvelle pour moi...
Je ne suis pas capable non plus d'envisager l'avenir.
Encore moins d'être abandonné, privé de cette tranfusion de vie qui me redonne chaque jour juste ce qu'il me faut de globules pour survivre.
Je ne sais pas.
Je voulais le dire.
Le crier dans la nuit, seul debout sur la passerelle...

 

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Dimanche 18 juin 2006



Jeune fille au coeur pur, tu viens d'avoir seize ans
Tu sens vibrer en toi un nouvelle vie
Que tu veux qu'on comprenne et la mélancolie
Au détour d'un regard vient se cacher souvent...

Tu gardes tes secrets tout au fond de ton âme
Et tandis que tu suis les voies de ton devoir,
D'un rève bien à toi tu veux nourrir l'espoir
De ne plus être enfant mais déjà une femme...

Jeune fille en ton coeur garde la poésie
Et crois en sa vertu car les beaux sentiments
Sont un cadeau du ciel et un défi au temps!

Sois fidèle à toi-même et cherche l'harmonie
De la rime et des mots : à versifier sans cesse
Retiens du flot des jours l'éternelle jeunesse!


25 août 2004

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Mardi 6 juin 2006



La nuit est vide autour de moi,
J'erre dans l'obscur et le froid
L'air est oppressant et sans vie,
Je tombe dans le noir, j'oublie
Ma condition anéantie...
Pas la moindre clarté qui luit
C'est la noirceur la plus profonde
Sur la réalité du monde
On ne peut que rentrer en soi
Pour mesurer son désarroi...
Et moi, je songe en ce mystère
Qu'elle est douce la lumière
D'un sourire ou d'une amitié
Quand, dans l'ombre, un coeur esseulé
Voit qu'il ne lui faut dans sa peine
Qu'un peu plus de chaleur humaine.

Février 1971

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Samedi 3 juin 2006

Il regarde par la baie vitrée. 

 

L’aube est à peine là, inondant d’une pâle lueur les rochers qui dominent l’océan gris. 

 

On devine en contrebas au-delà des petite butes côtières désertiques, les ressacs violent que les courants venant du large amènent contre les arrêtes de la côte du Killarney…

 

Ses cheveux sont en désordre, ébouriffés par une nuit à ne pas pouvoir dormir. Et ses yeux embués de quelque chose qui lui rappellerait, par le goût laissé dans l’arrière gorge,  des larmes… Mais ce ne sont pas des larmes, non, il n’est pas question de ça, même si sa gorge se serre en pensant à tout ça,, à ce choc…

 

Soudain il lui devient évident que quelque chose se passe en lui…

 

Il prend encore  la bouteille de Paddy dans le petit meuble. Il en verse une rasade copieuse dans le verre qui est resté sur le piano entre les partitions qu’il vient d’écrire. Il avale une gorgée de ce  whisky qui lui brûle délicieusement la gorge. L’effet de l’alcool commence à se faire sentir… Il relit les trois partitions, il en modifie juste deux accords… C’est les premières qu’il ait écrites d’un seul jet, sans aucune rature, depuis douze ans !  Et aussi, les seules qu’il n’ait pas envie de jeter au panier immédiatement après –comme il l’a fait systématiquement, depuis des années ne gardant rien de ses productions, jetant même celles des années de convalescence pour lesquelles il avait annulé au dernier moment les contrats d’édition avec Dan…

 Non, soudain ces trois là, comme surgies du néant, lui apparaissent pleines et sans déchet. L’exacte mélodie sur laquelle la voix pourrait s’élever et s’accomplir… Sa Voix revenant  du passé, d’entre les fantômes, pour emplir de nouveau sa tête de son intense amplitude, de la magie de sa chaleur…..

 

Une sorte de calme s’installe en lui apaisant peu à peu les remous de la nuit. L’image de cette chanteuse, Maud Laureen,  auparavant si brouillée dans sa tête, lui revient alors avec une clarté parfaite.

 

C’est dans ce pub enfumé de Cork, où les jeunes étudiants viennent trinquer à la Guinness ,  tout près du port, là où Dan avait  demandé à ce qu’il vienne depuis deux mois déjà, que tout s’était  passé…

 

Vraiment c’était bien pour lui faire plaisir ! Et encore, à condition qu’on ne lui parle pas et qu’on le laisse à une table seul siroter son Irish-coffee… A tout hasard, il avait pris une ligne de coque sur lui pour se détendre au cas où… Mais il n'en avait pas eu besoin ce soir là... 

Dan était resté près de lui, souriant, visiblement satisfait d’avoir enfin son ami (et subsidiairement employé, bien que dans ce dernier rôle, il n’y avait plus beaucoup de monde à part lui, à croire en son retour à la rentabilité minimale d'un artiste pour sa maison de production…), il ne disait rien  à tel point que Frédéric lui avait lâché : « ça va Dan, ne triomphe pas trop vite, c’est vraiment pour te faire plaisir, à 10H je me tire… »… Dan avait levé la main en signe de renoncement : « Comme tu voudras Fred, comme tu voudras… Ah voilà les artistes»

 Sur l’étroite scène, au fond de la salle, les membres du  groupe étaient entrés et s’étaient  installés rapidement sans même regarder le public qui continuait son brouhaha... Les projecteurs éclairaient  leurs jeunes bouilles d’adolescents encore pas dégrossis.. Ils avaient immédiatement attaqué l’intro d’une musique syncopée… D’abord le synthé, puis la basse rythmé et gutturale, installant le tempo du thème que le guitariste blond au tatouage sur l’épaule, finit par reprendre en dernier en trois rifs bien ciblés… Le thème de plus en plus jazz se développait,  s’enroulait autour de la scène, comme un serpent autour de sa proie. 

Et puis soudain, les projecteurs firent une orbe luminescente derrirèe le batteur : elle apparut alors par le fond de la scène.  Elle : la chanteuse Maud Laureen. sous les applaudissements des habitués …

Cétait une fille menue, très brune, les cheveux plaqués sur les tempes  et ramenés en une queue de cheval derrière la nuque. Elle semblait si fragile dans sa chemise trop ample, ouverte sur une poitrine où les seins semblaient invisibles et dans son jean moulant qui lui faisait des cuisses étroites et filiformes.

 

Mais soudain, le sentiment qu'il avait de sa faiblesse, de sa trop grande fragilité, qui aurait pu faire lui faire pressentir une piètre chanteuse de cabaret de seconde zone, s'estompa  d'un coup : sa voix s'éleva comme une délivrance et inonda la salle au dessus du brouhafa qui peu à peu cessa, comme domestiqué, apprivoisé par la chaleur de ce timbre si paricultier : d’abord doucement puis de façon de plus en plus appuyée, reprenant le thème et le rythme, s’envolant littéralement au dessus de l’orchestre pour  le dominer enfin tout à fait... 

Frédéric était resté un instant stupéfait : cette voix, ce timbre, cette chaleur… Il avait l’impression que le sol vacillait… Il demeurait hypnotisé par cette si jeune fille, presqu’une gamine : comment pouvait-elle chanter ainsi. ? Comme aurait-il pu imaginer en la voyant entrer sur scène  qu’il émanerait d’elle, une telle perfection …

Et puis il chavira dans une sorte d’envoûtement total : alors,  l’ombre d’une autre ressurgit devant lui qui s’exprimait au travers de cette formidable chanteuse inconnue et innocente … 

Suivre  >>>>   Scène 2 = la découverte de Maud / la découverte du narrateur par jeu de miroir indirect.

 

 

Remarque de cuisine littéraire

Ceci n'est qu' un début ou une partie d'un roman en cours d'écriture.

Il peut changer ou se modifier grâce à vos suggestions. Il se développera en fonction d'elles et vous m'aiderez grandement à cela. 

La construction littéraire est une affaire de cuisine : ingrédients, dosages et aromates. L'expérience ineffable d'une création tient souvent à des détails comme ce petit goût épicé dans un plat indien ou une pointe de sucré dans certains plats exotiques...

Mais il y a aussi vous les anonymes, les promeneurs du soir ou de la nuit, vous, qui ne me connaissez pas et qui vous intéressez à la création littéraire... Soyez les bienvenus dans le monde du roman en écriture!



Nota = partie 2, non encore écite, voir Un début possible => Frédéric a déjà rencontré Maud après la représentation, elle lui a donné ses coordonnées dont son site personnel...)

 

Remarque au lecteur : à l'époque où j'ai écrit ce début d'histoire je pensais faire suivre cela par un relation étrange de possession réciproque et non avoué dans laquelle le lecteur aurait découvert à double voix (vision de Maud et vision de Fredéric écrti au "je" --- en extraits de journal) 
Aujourd'hui je n'en suis plus si sûr. 
Quel est votre avis?  
Comment écrire la suite?

JE TIENDRAI COMPTE DE VOS SUGGESTIONS !

 

Il regardait chaque jour maintenant l'écran de l'ordinateur. Il voyait chaque soir le surnom qu'elle revêtissait sur la toile : Addict. Il ne faisait rien d'autre que regarder son logo, allait voir sa carte de visite, visiter son espace personnel.
Il prenait un soin particulier à relire ces trois poèmes de Yeats qu'elle y avait consignés...
D’abord celui sur ce pêcheur décrit comme une mémoire même de l’Irlande
 
BREASAL THE FISHERMAN

ALTHOUGH you hide in the ebb and flow  
Of the pale tide when the moon has set,  
The people of coming days will know  
About the casting out of my net,  
And how you have leaped times out of mind          5
Over the little silver cords,  
And think that you were hard and unkind,  
And blame you with many bitter words.   
(The Wind Among the Reeds. 
1899.)

puis celui d’une jeunesse passée ou dépassée,

A MEMORY OF YOUTH

THE MOMENTS passed as at a play,  
I had the wisdom love brings forth;  
I had my share of mother wit  
And yet for all that I could say,  
And though I had her praise for it,  
A cloud blown from the cut-throat north  
Suddenly hid love’s moon away.  

Believing every word I said  
I praised her body and her mind  
Till pride had made her eyes grow bright, 
And pleasure made her cheeks grow red,  
And vanity her footfall light,  
Yet we, for all that praise, could find  
Nothing but darkness overhead.  

We sat as silent as a stone, 
We knew, though she’d not said a word,  
That even the best of love must die,  
And had been savagely undone  
Were it not that love upon the cry  
Of a most ridiculous little bird 
Tore from the clouds his marvellous moon.
(Responsibilities and Other Poems.  1916. )

Enfin cette  très courte mais très émouvante ode au souvenir….

 
MEMORY

ONE had a lovely face,  
And two or three had charm,  
But charm and face were in vain  
Because the mountain grass  
Cannot but keep the form          5
Where the mountain hare has lain.
(The Wild Swans at Coole. 
1919. )

Il voyait dans les poésies de l’impétueux poète irlandais comme un signe de son tempérament, de sa particularité cachée et de la force qui émanait d'elle malgré sa fragilité maladive…
Il regardait aussi ses photos :
Maud au cinéma avec des amis ( un rire franc, une main inconnue sur son épaule, une salle de projection avant l'extinction des lumières...) ; Maud assise sur le capot d'une voiture grise ou vert de gris (on ne savait) une Rover à ce qu'il devinait...Apparemment lors d'une tournée dans l'ouest de l’île car on voyait la mer en contrebas d'un pont (peut être Killarney?...)
Et puis une vue d'elle devant la tour Eiffel et celle là était sa préférée malgré son grand classicisme prise depuis l'esplanade du Trocadéro : elle est assise sur le parapet qui domine les jardins et elle a un doigt tendu vers la vieille Dame :elle est radieuse, heureuse d'être là et le ciel de Paris est ensoleillé…. Frédéric avait toujours  un battement de coeur en ouvrant cette vue car il revoyait au travers de ce regard étranger posé sur sa ville, la Ville lumière, un soulagement à son exil, comme un soulagement de ne point y poser directement le sien, car il n'avait plus revu Paris depuis douze ans...Par choix bien plus que par obligation…
Il se souvenait de la vie qu’il avait eu là bas de ce temps là…  C’était loin maintenant…
Il y avait des flashes qui revenaient. Des images, des musiques, des ambiances. Les années à chercher, à survivre dans cette conviction d’être dans le vrai. Et puis cette gloire soudaine, cette folie qui avait duré trois années… Les tournées, les 33 tours, les journalistes…
Puis il chassait ces réminiscences funestes, censuraient les images d’un bonheur assassin…
Fermeture des écoutilles !
En dernier seulement, il allait sur son blog personnel, lire les billets nouveaux qu’elle laissait un peu au hasard des jours et des humeurs.
La plupart étaient faits d’allitérations jetées sur la toile de façon espiègle ou de très courts poème en vers libre ou des paroles de chansons. Mots alignés pour le plaisir des sons dans un anglais pur, décortiqué avec des assonances anciennes… Sa propre connaissance de la langue de Shakespeare ne lui permettait pas quelquefois de comprendre immédiatement les jeux de mots qu’elle évoquait. Il les relisait à l’aide du dictionnaire d’anglais classique, dont il s’était muni pour la circonstance.

Quelques fois cependant les billets de Maud relataient des évènements brefs de sa vie. Elle égrenait ainsi des bribes de son existence au hasard d’humeurs et ces billets malgré leur étroitesse, due à la concision même de leur texte, ouvraient une lucarne, aussi restreinte fût-elle, sur sa vie.

«J'ai passé une journée sous la pluie à Dublin WE à attendre un rendez-vous avec Bob Clifton pour lui remettre la démo du dernier show au Weeclift l’été dernier….
Lapin ! On remettra ça à plus tard. »

ou encore : 

« Aujourd’hui retour de Londres. Mr Pennington nous a reçus poliment chez Ares Music. Qu’elle est belle la défaite lorsqu’on prend des gants pour vous l’infliger. Avec ses formes on en redemande. Il y a vraiment tout un art britannique à envoyer paître les gens. Dois-je remercier Mr Pennington ou faire livrer des fleurs à son épouse si charmante… » 

Un billet l’avait arrêté : il parlait de leur rencontre à Cork.
Elle l’avait publié environ 15 jours après. Il était libellé bizarrement (comme toujours chez elle) :

« Qui est cet homme aux yeux de jade ? Il se tient dans la pénombre d’un pub… Il m’écoute chanter mais que pense-t-il ? Je sais qu’il est grand et ce qu’il a été…Mais est-il encore lui-même. Est-il encore dans lui-même ou a-t-il fui hors de lui-même. De ses années de musique a-t-il encore conservé La Musique  ? Et lorsqu’il m’a écouté, a-t-il compris ce qui vibre en moi. C’est de son passé qu’il m’a parlé mais je ne pense pas avoir besoin d’une expérience dépassée. Qu’il sorte de son silence magnifique et me parle vraiment de lui… »
C’était tout. C’était cruel. Mais vrai. « Qu’il me parle vraiment de lui » Que voulait-elle en fait ? Bien sûr son expérience « dépassée » ne l’intéressait pas mais pouvait-il faire autrement ? N’était-il pas vraiment dépassé ? … Un compositeur en carafe, alcoolique et camé. Une épave sur le circuit du show-biz que l’on gardait par un respect dû à ce  passé « dépassé ».
Qu’aurait-il pu lui apporter de neuf malgré toute la considération d’estime qu’elle pouvait avoir pour «l’ensemble de son œuvre » : des recettes toutes faites, des banalités sur le milieu, ce milieu qu’il avait toujours détesté malgré la notoriété…
Ainsi, Il avait résisté des jours et des jours, repoussant l’idée même d’une incursion dans sa vie à elle. En lui parlant, lorsqu’il voyait apparaître sa connexion en ligne dont la photo changeait chaque jour : ce soir c’était un regard derrière une vitre avec un reflet de soleil. Son regard ?
Il ne croyait plus à rien. Pas de lendemain possible. Pas de création possible. Une sorte de petite mort chaque jour.
Sans espoir de retour.
Il s’était fait une raison : voir dans la vie ce lent grignotement du temps sans saveur. En spectateur de sa propre mise à mort…
Des années à regarder passer les trains dont aucun ne s’arrêterait plus dans sa gare…
Des années à régler de simples aiguillages sans pouvoir jamais prendre d’envol… 
  

Et tout semblait devoir continuer de la sorte éternellement.
Tout jusqu’au soir de mai deux mois après leur rencontre.

(...) A suivre.

 

 

publié dans : Le roman en écriture communauté : L'écriture dans tous ses états ajouter un commentaire commentaires (5)   
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