Mercredi 28 novembre 2007
Si seul quand le froid vient,
Je déambule au soir
Où rien ne me retient
Que lueur dans le noir
Où je vais et reviens
Ne sachant que vouloir
De ce mal ou du bien
Quand je me sens échoir
Car je sais que je perds
Ce qu'il faut de douleur
Pour faire quelques vers
Et ce qu'il faut de cœur
Pour ne point être amer
Quand l'ombre du malheur
Se profile à l’envers
Du miroir des rancoeurs…
Suis je donc ce poète
Que j’aurais voulu être
Avec ses vers en tête
En musique peut-être ?
Ou suis-je donc la bête
Au plus noir de mon être
Qu’à traquer on s’entête
Pour la voir disparaître ?
Voilà donc bien ma vie
Comme une parodie
De désirs et d’envies
Qui feraient comédie
Mais aussi la survie
Face à la maladie
De l’âme inassouvie
Que mon cœur répudie…
Vous ne trouverez rien
En moi que de l’espoir
Et c’est déjà très bien
Que d’ainsi le vouloir
Si seul au froid qui vient
Quand je sens dans le noir
Ta main qui me retient
Si fort à m’émouvoir !
(Murmures d'un Gilles
entendues sans le dire!)
Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais
été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et
qu’ils m’accueillent avec des cris de haine.
Abert Camus : L'étranger
Peintures : Jean Antoine Watteau,
(Valenciennes
le 10 octobre 1684 , Nogent-sur-Marne le 18 juillet 1721)

Mercredi 21 novembre 2007

J’imagine ton doute aux confins de tes peines
De me penser si loin quand la mer se déchaîne,
A me croire perdu au fond de l’horizon
Pour m’évader de toi comme d’une prison…
Si égaré je fus ce n’est que par faiblesse
D’avoir goûté nectar qui me fit une ivresse
Quand l’âme on me volait pour mieux me renier
D’une fausse passion me tenant prisonnier !
Mais au temps des émois succéda le tourment
De me perdre moi même en si grand maléfice
Et d'une âme perverse éprouver la malice…
Car je connus l’enfer aux charmes de ses chants
Résistant tel Ulysse à la voix des sirènes
Pour retourner vers toi, au vent qui me ramène !

Retour d'Ulysse à Ithaque
Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé
Après maintes traversées
Le pays des vertes années
(Georges
Brassens - paroles d'Henri Colpi)
Le Lorrain : Départ d’Ulysse du pays des Phéaciens
publié dans :
Les tourments
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Quand reviendront les jours de rire
Et le soleil sur les étangs?
Les nuages sont en délire
Comme des vagues sous le vent…
Au loin un aboiement s'essouffle
Et tous les gens, bon gré, mal gré,
Voyant que le vent d'hiver souffle
Se préparent aux jours mauvais…
Oui, quand me remettrai-je à rire
Et quand irai-je comme avant
Par le clair chemin qui s'étire
A travers champs, vers les étangs?
Peintures : CAMILLE PISSARRO (1830 - 1903)
Dimanche 11 novembre 2007
Sur les photographies jaunies par les années
On voit encore un homme en soldat habillé
Dans un décor cannois où tout semble si calme
Sur une promenade où frissonnent les palmes…
Le regard volontaire, il se tient nonchalant,
Une main appuyée dessus le paravent,
Tandis que son bras gauche en son dos replié
Porte la fourragère et des galons usés…
On a avait pris de lui cette image d'un jour
Peut-être pour garder un peu de lui toujours
Passée la permission si courte en cette guerre
Où la mort abattait tant d'homme sur la terre…
A quoi songeait cet homme à tant d'autres pareil?
Aux marches dans la boue, à ses nuits sans sommeil?
Aux charges sous le feu qui tue et qui enivre?
Au compagnon tombé qui aimait rire et vivre?...
Ou bien et malgré tout, voulait-il espérer
Le retour au bercail qu'ensemble on fêterait,
A la vie, à l'amour, à quelque heureux mariage
Et des enfants joyeux pour absoudre un carnage?
Comment savoir encore, il y a si longtemps...
Parti pour un été, il revint à trente ans.
Héros bien malgré lui, sa jeunesse derrière,
Sans se plaindre il vécut et il fut mon grand père…
Ce 11 novembre 2007,
Pour Auguste,
En souvenir de tous ceux qui y restèrent…
publié dans :
lailesurlaplume
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