L'AILE SUR LA PLUME
La
poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe !
Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique - toutes licences comprises.
Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût!
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot. La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée
dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Le vers est musique; le vers sans musique est
littérature!
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s'en fout... L'Art n'est pas un bureau
d'anthropométrie !
La Lumière ne se fait que sur les tombes...
A l'école de la poésie : on n'apprend pas : on se bat !
Léo Ferré : Préface de "Poète... vos papiers!", 1956 (extraits)
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Entourés par la Lande et par les marécages
Enveloppés de brume et de sombres présages
Naissant avec la nuit, se dressent dans le noir
Les incertains contours d’un sombre et vieux Manoir…

Ses tours tombent en ruine et des herbes sauvages
Recouvrent les grands murs de leurs obscurs feuillages
Sous un toit effondré, là haut dans un grenier,
Un hibou a pris gîte : il se met à huer…

Dans la cour désertée une mousse putride
A recouvert le sol d’un vert tapis humide,
Un vieux portail rouillé grince et crie en s’ouvrant,
Sur ses gonds fatigués il semble agonisant…

Parfois on peut entendre une cloche qui sonne
Mêlant aux bruissements sa note monotone
Elle est depuis longtemps l’unique objet vivant,
Se réveillant parfois aux bourrasques de vent…

Tout est désolation depuis bien des années
Il ne reste plus rien dans les pièces hantées
Par les esprits de ceux qui ont vécu ici
Dans ce triste Manoir qui tombe dans l’oubli…
© lailesurlaplume - 2008
dessins de Victor Hugo