L'AILE SUR LA PLUME
La
poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe !
Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique - toutes licences comprises.
Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût!
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot. La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée
dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Le vers est musique; le vers sans musique est
littérature!
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s'en fout... L'Art n'est pas un bureau
d'anthropométrie !
La Lumière ne se fait que sur les tombes...
A l'école de la poésie : on n'apprend pas : on se bat !
Léo Ferré : Préface de "Poète... vos papiers!", 1956 (extraits)
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Je te conterai cette histoire
D’une légende sans mémoire
Au fond des mille et une nuits
Lorsque la lune blanche luit…
Celle d’un pêcheur scandinave
Jeune et blond garçon au teint hâve
Qui rêvait seul sur les rochers
Pour voir le soleil se coucher…
Face à l’océan et sans peine
Il rêvait l’étrange sirène
Qu'évoquent souvent les anciens,
Les jours où le bateau revient...

Elle était grande douce et belle
Et sa chevelure autour d’elle
Irisait de sa lumière d’or
Les eaux et les voiles du Port…
Combien auraient voulu connaître
La magique beauté d’un être
Qui ensorcelait les guerriers
Afin de mieux les attirer…
Pourtant, le soir aux lueurs sombres,
Lorsque les flots dans la pénombre
Pleuraient leurs larmes aux parois
Des fjords, il demeurait sans voix…
Il aurait donné maintes pêches
Mis son navire en cale sèche
Pour l’entrevoir un seul instant
Et lui livrer son doux serment…
Une nuit d’hiver sans étoile
Sous le vent, il vit une voile
Prise dans les flots rugissants,
Par la force des éléments...
C’était un navire en naufrage
Qui tentait vainement l’amarrage
Mais ne pouvait, des tourbillons,
Eviter un sort de perdition…

Alors il l’aperçut, si frêle,
S’agrippant au mat: c’était elle !
Quand une lame l’emporta,
Sans réfléchir, il se jeta !
Dans l’eau, on les vit se rejoindre
Et leurs chevelures se joindre...
Puis la mer unit leurs deux corps
Pour les engloutir dans mort !

Le sais-tu, aujourd’hui encore,
Aux vents que les pêcheurs abhorrent
On prétend que se mêlent les cris
Des amants qui se sont épris…
Des amants qui se sont épris…

Peintures : Claude Joseph Vernet, (Avignon le 14 août 1714 - Paris le 3 décembre 1789)