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Texte Libre

Jeudi 29 juillet 2010


Aujourd’hui tandis que je montais la montagne, par cette route abrupte vers ce col, le plus haut de l’Europe, tandis que mes muscles demandaient grâce, et que mon esprit flanchait sous  le soleil implacable, j’entendais dans ma tête ces paroles d’Aznavour dont la musique m’assourdissait dans ma souffrance !

De t'avoir aimée, aimée comme un fou
Aimée a genoux, bien plus que debout
À n'en plus dormir, à n'en plus manger
Que me reste-t-il, de t'avoir aimée ?

De t'avoir aimée, de l'âme et des yeux
À en oublier, jusqu'au nom de Dieu
Pour ne plus avoir, qu'un nom à crier
Que me reste-t-il, de t'avoir aimée ?

Reste que ma voix, sans écho soudain
Restent que mes doigts, qui n'agrippent rien
Reste que ma peau, qui cherche tes mains
Et surtout la peur, de t'aimer encore
Demain presque mort

De t'avoir aimée, aimée de douleur
À m'en déchirer le ventre et le cœur
Jusqu'à en mourir, jusqu'à m'en damner
Que me reste-t-il, de t'avoir aimée ?

Ne me reste plus
Qu'un amour que tu
Viens d'écarteler

Oui, de t’avoir aimée…  De t’avoir aimée comme un fou !

Quand au pied de ce mont qu’il me fallait encore gravir, comme une muraille devant moi, alors que mon corps ne répondait plus, et que mon âme s’effondrait parce que je n’y croyais plus, et que tant m’encourageaient, d’autres paroles m’envahissaient aussi…

Les ai-je entendues, les ai-je suivies?….

Je ne sais plus...

Il faut savoir encore sourire
Quand le meilleur s'est retiré
Et qu'il ne reste que le pire
Dans une vie bête à pleurer

Il faut savoir, coûte que coûte
Garder toute sa dignité
Et malgré ce qu'il nous en coûte
S'en aller sans se retourner

Face au destin qui nous désarme
Et devant le bonheur perdu
Il faut savoir cacher ses larmes
Mais moi, mon cœur, je n'ai pas su

Il faut savoir quitter la table
Lorsque l'amour est desservi
Sans s'accrocher l'air pitoyable
Mais partir sans faire de bruit

Il faut savoir cacher sa peine
Sous le masque de tous les jours
Et retenir les cris de haine
Qui sont les derniers mots d'amour

Il faut savoir rester de glace
Et taire un cœur qui meurt déjà
Il faut savoir garder la face
Mais moi, mon cœur, je t'aime trop

Mais moi, je ne peux pas
Il faut savoir mais moi
Je ne sais pas
 !...

Au moment où je m’effondrais derrière la ligne et qu’on me soutenait, et qu’on me réchauffait, je les entendais ces mots me transpercer le cœur… Il faut savoir, il faut savoir, et je les murmurai à cette jeune secouriste qui ne comprenait guère : il faut savoir mais moi, je ne sais pas…

Je ne saurais jamais...

Et je voulais rester, m’engloutir dans la souffrance tout en haut des cimes de la Bonette  !

De t'avoir tant aimée!

29 juillet 2007 Dans Le journal d'un Humain...




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